lmohim
Numéro 17 · Eau & climat · 5 min
lmohim / atlas de l’eauDonnées arrêtées au 14 septembre 2026

Après la pluie, la soif — le paradoxe marocain

Les barrages ont respiré. Le pays, lui, reste en stress hydrique structurel. Une bonne année rachète du temps ; elle ne fabrique pas un nouveau climat.

33,3% · même date en 2025
66,6%remplissage national · 14 sept. 2026
La pluie remplit un stock. La sécurité hydrique organise un système.

Oui, la sécheresse de sept ans a reculé. Non, la question de l’eau n’a pas disparu.

Entre décembre 2025 et avril 2026, les pluies et la neige ont fait passer les barrages d’environ 31% à 75%. Après l’été, le stock national restait à 11,36 milliards de m³, soit 66,6% : plus du double du volume enregistré un an plus tôt. [1]

C’est un retournement spectaculaire. Il sécurise l’eau potable pour plusieurs années dans certaines régions et redonne de l’air à l’irrigation. Mais il ne modifie ni la tendance climatique, ni la hausse de la demande, ni la fragilité des nappes, ni l’écart entre le Nord humide et le Sud plus tendu. [2]

66,6%taux national au 14 septembre 2026
11,36 Md m³volume stocké dans les barrages
+104%volume par rapport au 14 septembre 2025
< 500 m³par habitant et par an, risque 2030

Une remontée historique, puis la consommation de l’été.

Quatre instantanés nationaux, chacun daté. Le recul depuis avril est normal en saison chaude : irrigation, eau potable et évaporation puisent dans le stock.

31,1%12 déc. 202555,25%28 janv. 202675%13 avr. 202666,6%14 sept. 2026
8079787859564839
Cartogramme géographique lmohim · formes et positions simplifiées · données datées.

Le chiffre national cache huit Maroc hydriques.

Touchez un bassin. Les taux datent du 13 septembre 2026 et ne mesurent que les barrages suivis, pas les nappes souterraines ni l’accès local au robinet. [2]

79.53%Sebou · taux de remplissage des barrages du bassin

Ouvrir la géographie dans OpenStreetMap ↗

Le paradoxe tient dans une ligne de temps.

Même avec des barrages mieux remplis, la quantité renouvelable rapportée à chaque habitant continue de baisser sous l’effet de la démographie, de la demande et du climat. [6]

2 600 m³

disponibles par habitant et par an

≈ 600 m³

le stress est devenu structurel

< 500 m³

seuil de rareté absolue approché

Presque neuf gouttes sur dix vont à l’agriculture.

L’OCDE estime que l’agriculture consomme près de 90% des ressources en eau du pays. Le débat ne peut donc pas se limiter aux gestes domestiques : il touche les cultures, les prix, les forages, les allocations et la valeur créée par mètre cube. [7]

— Le goutte-à-goutte réduit l’eau par hectare, mais peut accroître la surface ou intensifier la production : c’est l’effet rebond.

— Une règle crédible doit mesurer les prélèvements, protéger les nappes et arbitrer entre emploi rural, sécurité alimentaire et exportation.

— Économiser un mètre cube déjà produit est souvent moins coûteux que mobiliser un nouveau mètre cube.

Version statique : les valeurs initiales et le tableau de preuves restent lisibles. Activez JavaScript pour manipuler les contrôles.

9 gouttes sur 100 seraient libérées dans ce scénario.

Illustration pédagogique : le curseur applique une baisse théorique aux 90 gouttes agricoles. Il ne constitue ni prévision ni recommandation de rationnement.

Le Maroc construit une seconde plomberie.

Dessalement, transferts et réutilisation réduisent la dépendance à la pluie. Leur réussite dépend toutefois de l’énergie, des réseaux, des coûts et d’une gestion de la demande qui évite de recréer le déficit.

420 M m³/an

Dessalement en 2026

Capacité annuelle annoncée en mai 2026 ; objectif national de 1,7 milliard en 2030. [8]

1–1,2 Md m³/an

Interconnexions

Capacité annoncée pour les futurs transferts vers les provinces déficitaires. [8]

52 M m³

Réutilisation soutenue

Volume d’eaux usées traitées que le programme Banque mondiale vise à rendre disponible. [5]

MERDessaler avec une énergie aussi décarbonée que possible.
RÉSEAUTransporter sans laisser les fuites annuler le gain.
USAGESPrioriser l’eau potable et attribuer l’irrigation de façon mesurable.
RETOURTraiter et réutiliser au lieu de rejeter une ressource.

Aucune solution n’arrive sans contrepartie.

Ouvrez les quatre tensions qui détermineront si la nouvelle offre devient une sécurité durable ou une nouvelle course à la demande.

Dessaler sans déplacer le problème

L’osmose inverse exige énergie, captage marin et gestion de saumure. Une capacité plus grande doit être jugée avec son mix électrique, son coût complet et ses impacts littoraux.

Transférer sans oublier les bassins donneurs

Une autoroute de l’eau peut corriger les écarts géographiques. Elle demande aussi des règles transparentes quand le bassin donneur connaît à son tour une année sèche.

Irriguer sans épuiser les nappes

Les nappes amortissent la sécheresse mais se rechargent lentement. Compteurs, contrôle des forages et choix de cultures comptent autant que les barrages.

Tarifer sans exclure

Un prix qui ignore la rareté encourage le gaspillage ; un prix brutal fragilise ménages et petits agriculteurs. La réforme doit combiner signaux, protections et données.

Ce que les pluies de 2026 ont vraiment changé.

Elles ont doublé le stock national en un an et éloigné l’urgence immédiate dans de nombreuses régions.

Elles ont révélé les écarts : près de 80% dans plusieurs bassins du Nord et du Centre, moins de 48% dans le Souss-Massa et 39% dans le Guir-Ziz-Ghris.

Elles offrent une fenêtre pour livrer les usines, transferts et réseaux avant la prochaine sécheresse — pas une raison de ralentir.

Le succès en 2030 ne se mesurera pas au seul taux des barrages : il faudra suivre les nappes, les fuites, la réutilisation, l’énergie du dessalement et la valeur produite par mètre cube.